Au cœur du chaos, comment percevons-nous la beauté?
Entourés de turbulence, comment découvrons-nous la simplicité? En partageant
une planète unique, comment arrivons-nous à célébrer à la fois notre nature
humaine collective et la résonance toute particulière de chacune de nos voix?
En raison du pouvoir de la vision analytique–qui prétend que la vie est connaissable–comment reconnaissons-nous
à nouveau l’inconnu et l’inconnaissable? Comment nous
abandonnons-nous à l’humilité nécessaire afin de faire face à cette conscience
mystérieuse des choses de la vie? Où sommes-nous lorsque nous pénétrons ce
mystère?
Permettre à une toile de prendre vie, c’est devenir
conscient de l’un des plus magnifiques mystères de la vie. À l’appel de la
feuille blanche, le meilleur de mes intentions et de mon expérience se lance
dans une danse faite d'incontrôlables
coincidences. Jamais le processus ni
l’art en résultant ne sont entièrement définis. Quelle sera la trajectoire choisie
par les couleurs? Quelles surprises nous réserve l’encre au contact, si doux,
de la peinture? J’utilise d’ailleurs essentiellement et délibérément des produits à base d’eau qui ne figent
pas à l’endroit où je les pose sur le papier. En aucun moment, je n’ai le
sentiment d’être en contrôle du processus. Je ne fais que me joindre à la
danse, et il en émerge des toiles. À mon avis, être un artiste c’est donner
naissance aux possibilités inhérentes au mystère. La création–qu’elle s’exprime
au moyen d’un canevas de mots ou d’images visuelles–consiste, en réalité, à
réapprendre à danser avec Dieu.